Le dévoreur de peur

La pleine lune illumine, donnant une impression de jour à la nuit. Les ombres se faufilent sans dévoiler leurs secrets. Elle ne comprend pas ce qui l’a pris en chasse. Son instinct lui hurle juste qu’elle doit absolument trouver un refuge sûr, si elle veut survivre. Tout proche, l’un de ses congénères succombe. Mais à quoi ?

Sa peur monte d’un cran. Un courant d’air malsain lui fait vibrer les moustaches.

Elle se faufile dans les ombres des arbres jusque chez l’humaine qui lui permet d’être en paix quand elle donne la vie. Bien que la nourriture dont cette femelle fait un tas au fond de son jardin ne vaut rien, cela attire les rongeurs et les oiseaux qui deviennent des proies faciles. La deux pattes sort toujours pour la protéger des autres chats. Ce qui la suit en ce moment ne s’attaquant pas aux humains, la féline n’hésite pas longtemps au chemin qu’elle doit prendre.

La lune est recouverte par un nuage, densifiant la nuit qui devient aussi noire que les trous les plus sombres dans lesquels elle se cache pour mettre ses petits à l’abri. A cet instant, elle comprend. Le chemin des ombres n’est pas son allié, mais sa perte. Elle fait ce qu’aucun chat libre ne ferait à moins d’être en grand danger.

Elle bondit le plus vite qu’elle peut et se jette dans la lumière.

*

La nuit est bien bruyante, ce soir. Des chats font un tintamarre monstre. Ça se bat dans tous les coins. J’ai hâte que cela cesse.

J’ouvre la porte-fenêtre de ma chambre pour faire quelques pas sur ma terrasse. La pleine lune nous éblouit tel un phare. Peut-être que je pourrais aller faire une promenade, aujourd’hui. Avec cette luminosité, pas besoin d’éclairage public qui ces derniers temps fait défaut dans les rues. Comme si les ampoules ont décidé de mourir toutes en même temps.

Je sens sa présence avant de la voir. Ma petite mère se planque derrière un arbre, non loin de moi. Curieusement, elle ne me fixe pas comme à son habitude. Sa fille de sa dernière portée passe de temps en temps dans mon jardin. Comme je ne nourris pas les animaux, elle ne reste jamais bien longtemps à l’inverse de la mère.

La lune joue à cache-cache avec un nuage, transformant tout en une pénombre étrangement dense. La lumière sortant de ma chambre m’éclaire à peine. Je fais demi-tour et rentre.

La féline se faufile entre mes jambes en lançant une plainte déchirante, entrelacée de terreur. Elle s’élance au fond de la pièce pour se blottir dans le coin du mur et de mon armoire. Elle commence à pleurer, si tant est qu’un chat puisse pleurer. La surprise laisse la place à un début d’agacement. Je me demande comment je vais bien pouvoir la faire ressortir, sans finir en charpie. Rien n’est plus dangereux qu’un animal apeuré ou blessé. Je vais devoir ruser. Hors de question que la minette s’installe chez moi.

Je fais un pas dans sa direction et lis la terreur dans ses yeux. Mais de quoi peut-elle avoir peur ? Je suis son regard braqué sur la porte-fenêtre restée ouverte.

*

Le quatre pattes a une odeur exquise. Je vais faire un festin de sa peur. Je me sens fébrile rien qu’à cette idée. Quelle adorable créature ! Elle se cache dans l’ombre des plantus sans savoir qu’elle me facilite la tâche. Je me prends au jeu en faisant vibrer les moustaches du griffu qui, bien que très petit, dégage une odeur, dont les effluves me nourrissent avant même de l’avoir attrapé.

Un deux pattes apparaît sans doute par curiosité. Il est vrai que ma chasse peut causer quelques dérangements. La clarté de sa grotte est tiède. Elle ne devrait pas beaucoup m’égratigner.

J’en appelle aux éléments et obscurcis la lune. Bientôt le griffu va comprendre son erreur et ne pourra plus m’échapper. Ma proie résiste. Elle s’élance dans la grotte du deux pattes, provoquant chez ce dernier un mouvement de surprise, une pointe d’angoisse. C’est une femelle. Les femelles de cette espèce sont plus craintives que leurs mâles. Avec de la chance, je pourrais également me délecter de sa substance. Je sens l’air qui l’entoure. La deux pattes est assez avancée en cycles, cela ne surprendra pas ses congénères si je la retire de ce monde.

Je m’enivre de ses parfums qui me font crier famine, alors que je me pensais déjà plein. Ce repas va me permettre de dormir pendant plusieurs saisons. J’avance furtivement. Les pleures redoublent, et par la même occasion, multiplient ma force. Je suis à l’entrée de la grotte. J’avais raison. La clarté qui en sort ne m’atteint pas. Les essences dégagées par la femelle refroidissent. Mais je sais comment les réchauffer. Le griffu me fixe terrorisé. Il n’y a plus qu’à attendre que la deux pattes plonge son regard dans le mien.

*

La femme a pris sa décision. Quoi qui fasse peur à la chatte errante, ce soir, elle l’a garde chez elle. Demain, on verrait bien.

D’un seul geste, elle se retourne en fermant la porte-fenêtre, puis la verrouille machinalement. Quand ses yeux rencontrent ceux de la créature, elle ne voit que son propre reflet dans la vitre. Alors que l’humaine scrute la pénombre de son jardin, l’ombre enrage. Ses proies sont en train de lui échapper. Elle doit agir vite avant que la peur de la chatte ne disparaisse totalement. La femme cherche à tâtons l’interrupteur des lumières extérieures, tandis que la créature tend une de ses tentacules vers la vitre pour se frayer un passage vers le cœur de l’humaine. Alors qu’elle prend contact avec l’humaine, une vive plénitude remplit l’ombre. Elle savoure l’instant. La sensation se transforme en quelque chose de désagréable. Une décharge l’envahit, lui faisant grincer des dents. Quand le plafonnier de la terrasse s’allume enfin, une légère poussière s’envole de devant la fenêtre.

La femme n’est pas certaine d’avoir bien vu, plisse à nouveau les yeux pour mieux voir. Après quelques minutes, elle se lasse et rend à la nuit sa pénombre. La petite femelle vient se frotter contre ses jambes, provoquant l’exaspération de la vieille dame qui se penche, libérant un médaillon en obsidienne de sa tunique. La lune réapparaît faisant briller la pierre d’un éclat étrange.

« Oui. Demain je verrais bien », ce dit la femme en souriant.

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Pure folie

Ce texte m’a été inspiré par l’actualité. J’ai laissé murir. Je vous en donne le jus tel quel. Il est ce qu’il est et n’aura pas forcément de suite. 
Merci de votre bienveillance.

 


On avait peur des pays arabes, avec leur lot de fanatiques, de frères musulmans, tous prêts à mourir en martyres, disait-on.

On avait tremblé, quand la Corée et son dictateur ont fait leurs essais nucléaires.

Partout la bombe atomique mettait son glaive au-dessus de toutes nos têtes. Partout le terrorisme nous pendait au nez, apportant son lot de mort.

La mort n’attendait pas le jour de la récolte, car à chaque instant, elle ratissait large. Avec le réchauffement climatique, les catastrophes naturelles qui devinrent plus que naturelles, même plus des catastrophes. On ne comptait plus le prix des dégâts, juste le nombre des survivants.

C’est dans cette tension perpétuelle que nous y avons eue droit à notre bombe. Et pas qu’une.

A force de vouloir faire la révolution, à vouloir tout contester, des pirates informatiques sont arrivés à percer tous les codes de sécurité, dit-on.

Les cybers terroristes nous ont littéralement fait sauter la gueule.

Al-Qaïda n’avait pas fait mieux, n’aurait même pas envisagé une telle massivité dans la destruction.

Le problème n’est pas la première bombe. S’il n’y avait eu que cela. Le problème a été le pays d’où elle est partie et l’endroit où elle a atterri.
Comment provoquer une guerre totale et réduire l’homme à presque rien, c’est très simple.

Vous prenez le président d’une superpuissance, réputé pour avoir toujours le doigt sur la gâchette ; et vous faites partir un petit missile de ce pays direct sur un pays en voie de développement.

En quelques secondes, le pays parmi les plus pauvres et le plus peuplé vécu l’apocalypse. Il n’en fallut pas plus pour que les pays voisins possédants des armes de destruction massive utilisent les leurs.

Le nouveau monde fut vidé de ses habitants survivants en quelques semaines. Seuls les natifs et quelques rares communautés n’utilisant aucune technologie restèrent vivre dans cet amas de radioactivité.

La vieille Europe, le Japon et quelques rares pays d’Afrique ne prirent pas part à cette folie. Leurs dirigeants avaient gardé la tête froide et firent valoir leur droit à la neutralité. « Plus jamais ça ! » avaient scandé les peuples. Comment ne pas y réfléchir à deux fois, quand la guerre et leur flux de bombes avaient marqué profondément les chairs.

Dorénavant, il y aurait les neutres ; il y aurait les autres.