Hina, Maui et compagnie de Titaua Porcher

Cette pièce de théâtre, publiée aux éditions « Au vent des îles », reprend la légende du cocotier très connue à Tahiti, puisqu’elle explique la naissance de cet arbre sur les îles polynésiennes.

Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, pas de soucis. Un conteur nous la narre au début de la pièce.

C’est une version plus moderne de ce mythe que nous offre Titaua Porcher.

« Hina et Maui sont deux jeunes gens éperdus d’amour l’un pour l’autre, au point de ne pouvoir se passer de s’envoyer des texto, quand ils ne sont pas ensemble.
Un soir, la famille d’Hina accueille Vaihi, le fils d’un vieil ami du père de celle-ci. Ce nouveau venu tombe sous le charme de la jeune femme au caractère bien trempé.
Vaihi fait appel à un dieu pour l’aider à l’ensorceler et en faire sa compagne. »

Cette histoire plaisante garde le fils conducteur de la légende original (le cocotier en moins). L’auteure profite, au travers du regard critique d’Hina et du dieu Ta’aroa, pour prôner un peu de végétarisme, nous parler d’écologie, démontrer la folie des religions, sans oublier de rire, au passage, de nos jeunes et de leurs téléphones portables.

Il est beaucoup question de fromage français, ajoutant une note humour au récit.

Le vocabulaire littéraire des jeunes gens m’a dérangé. Je n’ai pas eu l’impression d’entendre parler des adultes d’à peine 20 ans. De plus ils se raconteraient presque leurs vies, alors qu’ils sont censés passer tout leur temps libre, jamais l’un sans l’autre.
Maintenant, c’est le problème des pièces de théâtre. Il faut bien apprendre à connaitre les protagonistes.

Certaines personnes seront un peu perdues durant les dialogues en Tahitien, surtout chez les popa’a (étranger). Heureusement, les échanges dans cette langue sont courts. Il y a bien quelques mots par-ci, par-là (c’est quand même un mythe polynésien), mais cela ne gène en rien la compréhension de l’histoire.

La fin choquera peut-être les puritains. N’oublions pas que les coutumes d’ici ne sont pas forcément celles d’ailleurs.

 

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Quand le manga revisite les grands classiques de la littérature.

Je me suis laissée tenter par deux œuvres de Jane Austen de la collection « Les classiques en manga » :
– Emma
– Raison et sentiments

N’ayant pas lu les œuvres originaux, il m’est difficile de juger la pertinence des choix des dessinateurs, mais pour avoir vu le film tiré de « Raison et sentiments », je peux dire que la version manga est assez fidèle.

Je ne commenterai pas les œuvres de Jane Austen. On aime ou on n’aime pas. Ce n’est d’ailleurs pas le but de mon article.

Ce que j’ai pensé de ces deux mangas.

Il est toujours intéressant de lire des livres japonais. Ils nous apprennent beaucoup sur les us et coutumes de ce pays si différent du nôtre.
Pour le coup, pas de dépaysement ici, même si ce n’est pas notre époque. Normal, il aurait été étrange de voir les gens manger des sushis dans une Angleterre du XIXᵉ siècle.

Les personnages sont dessinés avec les codes du manga. Et là pour le coup, une adaptation du style était à propos. Les hommes y sont fins, longilignes. Les femmes sont toutes sur le même moule, belles et rachitiques. A part pour quelques rares personnages facilement reconnaissables, mais pas vraiment principaux dans l’histoire, j’ai trouvé que cela manquait d’imagination. D’autant que l’histoire était toute prête. Heureusement que les visages et les chevelures sont bien marqués.
De plus, bien que les deux histoires que j’ai choisies représentent des individus de la bourgeoisie, tout ce petit monde est bien maigrelet, voire d’une grande maigreur. Les seuls hommes bien bâtis (pas obèses, non plus) sont un vieux et un paysan.

Ce qui m’a surprise et beaucoup dérangée, le dessinateur a la fâcheuse habitude de faire pleurer ses personnages, homme ou femme, pour un oui, pour un non. Ça verse sa petite larme de joie, une autre quand ils ont de la peine, une autre encore pour … Enfin, ils sont presque toujours en train de chialer.

Amis Japonais, les Anglais sont connus pour leur flegme légendaire. Je ne pense pas qu’un colonel de ce pays s’agripperait aux rideaux durant un bal, en déballant sa vie comme si de rien était à une femme, presque une inconnue, et tout cela en pleurant.

J’ai apprécié qu’il n’y ait pas d’annotations intempestives pour les bruitages qui envahissent souvent les cases. Le roman devant tenir en un tome, je suppose qu’il n’y avait pas besoin de faire du remplissage. D’autant que ces deux histoires sont denses. L’adaptation ne m’a pas déplu.

Je m’attendais à un manga, j’ai eu un manga.

Ajin – Immortal Hounds

J’ai regardé l’animé d’Ajin après avoir lu jusqu’au sixième tome du manga du même nom. Il m’a fait penser à Immortal Hounds, dont j’ai entamé la série. Ces deux histoires sont troublantes par leur similitude opposée.

Dans Ajin, la population est comme vous et moi (enfin, je suppose que vous êtes comme moi). Elle est mortelle et peut mourir même d’une maladie bénigne. Sauf que parfois, une personne meure et sa vie bascule. Son corps se réinitialise, les blessures se referment, les membres amputés repoussent (même la tête). Malheureusement pour ces personnes, leur cauchemar commence. En découvrant leurs natures, elles doivent se cacher, dans le meilleur des cas, ou fuirent. Ces êtres ne sont plus considérés comme humains. Ils sont emprisonnés et subissent des expériences scientifiques atroces, dans lesquelles, ils sont amputés, torturés, puis tués pour réinitialisation, ainsi indéfiniment.

Dans Immortal Hounds, c’est l’inverse. Être immortel est la norme. Le mortel se voit traiter comme une anomalie et traquée, car elle peut transmettre sa mortalité, tel un virus. Dans une population ne connaissant plus les docteurs puisqu’il lui suffit de se tuer pour se soigner ne serait-ce qu’un rhume, cela pose un sérieux problème. D’autant que les gens n’hésitent pas une seconde à se tirer une balle dans la tête pour être libéré d’une simple fièvre.

Je suis restée saisie par la facilité de donner la mort dans ces deux histoires cruelles. Celle des deux espèces se retrouvant en majorité se donne le droit de traiter l’autre en animal, de la traquer, jusqu’à la mort s’il le faut.

Immortal Hounds offre un destin bien meilleur (si je puis dire, puisqu’il est quand même question de mort) à leurs semblables mortels. Bien plus enviable que celui réservé aux Ajin qui, comme ils ne peuvent pas mourir, servent de cobayes pour tester des armes militaires (en tant que cibles, sinon ce serait moins drôle), remplacent les mannequins de crash test, sont amputés pour voir leur résistance, …
Enfin, c’est carrément horrible. D’autant plus, qu’ils vivent comme tout le monde, jusqu’au jour de leur première mort, qui a souvent lieu suite à un accident.

Dans les deux séries, les familles, le peu de fois où elles sont mises en avant, n’offrent jamais un côté réjouissant, entre déni et rejet.

Les auteurs nous plongent dans ce que l’être humain a de plus noir, n’hésitant pas à traquer, voire à tuer jusqu’aux enfants.

Mais ce qui m’a choqué dans Ajin, c’est surtout le personnage emblématique des immortels, qui met sa faculté à ne pas mourir et son immense intelligence au service d’actes terroristes et laisse libre cours à sa folie.

Extrait de « La Tavana »

Tiré de la fnac :

Narratrice de sa propre vie, Vaema Teikimatua nous fait naître et grandir avec elle pour nous plonger rapidement dans le décor colonial du Tahiti des années 1950. Elle sera le témoin privilégié de la relation amoureuse que vivent Frédéric, le directeur du journal qui l’emploie, et Julie, la femme du gouverneur, la Tavana. Julie fera de la jeune fille sa confidente, et lui livrera tous les secrets et les tourments de sa passion. Pour notre plus grand bonheur, Vaema nous les conte dans un style élégant qui allie la vivacité du ton à une langue précise et raffinée.

Mon avis :

L’histoire de Vaema est intéressante, mais ardue à lire. Je ne sais si j’en viendrais à bout tellement les tournures de phrase sont formulées en des termes parfois compliqués, qui paraissent être mal traduites. C’est pourtant bien une francophone d’origine tahitienne et chinoise qui l’a rédigé. Par exemple, cette femme érudite n’écrit pas un article, elle le commet. Je suppose que son côté chinois transparaît dans sa formulation qui (en ce qui me concerne) rend la lecture fastidieuse.

Ce sont les paroles de Frédéric Andorain, patron du journal qui me donnent l’envie de parler de ce livre, bien que je n’en ai pas encore parcouru la moitié. Il informe ses employés qu’il risque d’être évincé de son journal.

Je rugis à l’avance du développement exponentiel prochain que prendra le tourisme. Auquel ceux qui vivront ici n’échapperont pas. Les séquelles désastreuses que provoquera cette hérésie – par ailleurs assurée d’un succès populaire et financier dont les partisans eux-mêmes n’évaluent pas encore l’ampleur – me conduiraient si je ne vous avais en charge, à quitter cette terre sans délai. Construction d’hôtels, percement de routes dans la montagne, défilés folkloriques aussi permanents que le 14 juillet. Prostitution des natives qui viendront encore plus nombreuses depuis leurs îles où elles ne compteraient pas, en y restant toute leur existence, le dixième des sommes qu’elles recueilleront à Papeete en s’y vendant, quelques années seulement. Je redoute que l’on ne voie d’ici peu, alentour de cette cité encore provinciale, les signes d’une civilisation débordante que sera l’accumulation d’ordures ménagères, haute comme une colline, et sur laquelle quelques éléments d’une population devenue paradoxalement pauvre, viendront chercher le profit que leur procurera la vente d’objets négligemment jetés au rebut par les popaa. Un jour on ne pourra peut-être plus se baigner dans le lagon sans risquer d’en sortir huileux comme une sardine, ou d’y contracter une blépharite. (…) La cause est entendue. Et ce avec d’autant plus de certitude que les Tahitiens eux-mêmes, en majorité, accueilleront ces nouvelles mœurs, ces nouveaux personnages et les nouveaux produits, avec la curiosité que suscite un jouet neuf, vanté par la publicité. Cette terre sera absorbée par la vague unificatrice, peinte en vague civilisatrice, telle celles qui ont déjà absorbé les îles Hawaii et autres rivages du Pacifique. Lorsque vous lisez, dans les journaux américains, que l’espace pacifique est celui de l’ère future, cela veut dire l’espace de toutes les combinaisons financières. Et plus spécifiquement les moins ragoûtantes. (…) Avec le remue-ménage et le flot de gens de toutes spécialités que cette innovation engendrera, cette terre deviendra un enfer.

popaa : mot Tahitien signifiant étranger, non natif de Polynésie.

(…) : j’ai eu la flemme de tout écrire, alors j’ai coupé les passages qui n’apportent rien au message que je souhaite faire passer.

 

J’ai trouvé ce passage perturbant. Il vient de la bouche d’un homme vivant dans les années 50 ; et pourtant il sonne comme une prémonition dont je peux voir la véracité chaque jour.

 

Frigiel et Fluffy

Celles et ceux qui aiment le youtubeur Frigiel seront probablement intéressés par cet article. Surtout s’ils n’ont pas encore eu l’occasion de s’acheter un des tomes des romans ou des BD de la série « Frigiel et Fluffy ».

La première série est celle de 4 tomes de Frigiel et Nicolas Digard, parue aux Editions Slalom.

L’histoire commence à Lanniel, où le jeune Frigiel, 15 ans, voit apparaître un dragon noir au-dessus de son village. Suite à cet incident, son grand-père lui confie, dans la précipitation, un coffre noir et lui demande de l’apporter à Valmar qui se trouve à Puaba. Au fil de son aventure, Frigiel fait des rencontres, lie des amitiés notamment avec Abel et Alice, se fait des ennemis. Il rétablira la paix et la justice dans ce monde cubique, d’où les mages ont été bannis. Il marche également sur les traces du passé de sa famille. Tout cela accompagné de son chien et éternel ami Fluffly.

Les bandes dessinées depuis peu au nombre de 4, de Frigiel, Derrien et Minte, parues aux Editions Soleil, sont une suite des romans.

Nous y retrouvons Abel et Alice devenus inséparables de notre héros. Les histoires y sont plus légères. Dans le deuxième tome, des youtubeurs dont les noms ont quelque peu été modifiés y apparaissent.

« Frigiel et Fluffy, les origines » est le dernier roman né de la collaboration entre Frigiel et Ange. Il est toujours paru aux Editions Slalom.

Notre héros a 10 ans. C’est une part difficile de son enfance qui s’offre à nous. Frigiel, adopté par son grand-père souvent absent, n’est pas le bienvenu au village de Lanniel. Il est même le bouc émissaire de certains enfants. Une chasse au trésor va réajuster tout cela. Sa rencontre avec un mystérieux inconnu présage une suite.

Dans tous les cas, nous retrouvons le monde de minecraft et de Frigiel (le youtubeur), avec ses cubes, ses creepers, ses araignées, ses cochons zombies, voir ses zombies tout court, ses endermen, sans oublier les fameux squelettes si chers à Fluffy.

PS : Mon fils vient de m’apprendre

  • il n’y a pas 3, mais 4 tomes en BD ;
  • plus une suite au première cycle, qui se nomme « le cycle des Farlands » ;
  • plus un carnet d’aventure ;
  • plus une version « cherche Frigiel et Fluffy », comme le fameux « où est Charlie »

Tout un programme !

 

 

La partie de cartes – Jacqueline Dana

« Quand Iphigena meurt, sa fille Hélène trouve son journal intime. La jeune femme découvre les secrets de cette mère avec laquelle elle n’entretenait pas beaucoup de tendresse. Suite à la lecture de ce journal, Hélène décide de retourner dans l’île qui a vu grandir ses parents dans le but de régler les comptes du passé. »

Il m’a difficile d’entrer dans cette histoire qui commence de manière en peu brouillonne. Dès la première phrase, Hélène a 20 vingt. A la deuxième, elle nous parle de son cinquième anniversaire, de son poney que lui a offert son père. Des demi-mots sont échangés entre les parents et rendent la petite Hélène jalouse.

Tout à coup, il est question du petit ami d’Hélène, des conflits entre elle et sa mère, de la recherche en cachette d’un livret de compte. Des souvenirs du père mort quand Hélène était plus jeune s’ajoutent à tout cela.

Heureusement, la mort d’Iphigena assainit ce brouhaha. Hélène trouve le carnet rouge que sa mère cachait. En entamant sa lecture, commence la narration de la vie difficile de la mère à la fin de laquelle, la fille prend la décision d’aller en Corse.

Dans la deuxième partie, l’histoire coule, la lecture est plaisante, les rebondissements rebondissants.

Si on omet le début fastidieux, ce roman sait nous étonner. Il nous parle des traditions Corse sévères et difficiles, surtout pour les femmes. Ce roman nous offre un voyage sur une île qui n’appartient qu’à elle.

Il faut lire ce livre pour comprendre tout le sens de son titre.

Le vol des cigognes – Jean-Christophe Grangé

« Louis Antioche est un célibataire de trente-deux ans, vivant dans l’opulence que lui confère la bienveillance de ses parents adoptifs. Ce grand solitaire sédentaire s’apprête à suivre les cigognes pour le compte de l’ornithologue Max Böhm, dans le but de découvrir pourquoi certaines d’entre elles ne reviennent pas de leur migration. Quand il découvre Böhm mort d’une crise cardiaque dans un des nids de cigogne, les questions se bousculent pour Louis qui découvre des photographies de cadavres d’enfants mutilés chez son employeur.

C’est sur la route migratoire des cigognes que commence alors un voyage parsemé de morts auxquels il manque le cœur. Peu à peu le puzzle s’assemble pour dévoiler les pièces manquantes du passé de Max, mais surtout des souvenirs oubliés de celui de Louis. »

Ce livre serait presque un documentaire sur les cigognes, s’il n’y avait pas ce chapelet de morts mutilés, ici et là. Le gentil petit voyage de notre héros devient peu à peu une course-poursuite, pour suivre les cigognes dans un premier temps, pour échapper à la mort ensuite, pour finir par la découverte de la vérité. Et quelle vérité !

L’épopée de Louis s’arrêtera, quand il sera remonté au commencement de son amnésie, à l’époque où ses mains ont été brûlées.

Mon avis personnel :

Bien que l’histoire prenne le temps à se mettre en place, elle m’a vite captivée. Dès le début, l’intrigue nous inonde de questionnements divers. Je ne parle pas de la crise cardiaque dans le nid de cigogne. Mais de l’autopsie qui dévoile la transplantation du cœur de Böhm. Nous serions presque un train de nous demander s’il n’y a pas de trafic d’organe là-dessous, organisé par l’organisation humanitaire Monde Unique. Ajoutez à cela, l’ancien travail de Böhm qui s’occupait de mine de diamants. Sans compter …

Je vais vous laisser l’occasion de découvrir toutes les subtilités que Grangé a cachées dans son premier roman.