Jack (2)

Les habitations connotaient plus de la tanière que de la maison de Hobbit. Les hommes, les femmes et les enfants le regardaient sans animosité. Leurs vêtements semblaient propres, mais vieux pour la plupart. Ils cachaient les corps et les montraient à la fois, comme si les costumes des mille et une nuits avaient fusionné avec ceux des Indiens d’Amérique. Les loups qui l’avaient encadré jusqu’au cœur de ce lieu étrange agissaient étrangement, pas comme des chiens, pas non comme des loups. Jack fut troublé par un détail. Partout où il posait son regard, quel que soit leur âge, loups et humains portaient le même genre de tenues. Aïcha s’arrêta devant la seule vraie maison de cet endroit.
Un couple en sortit. Jack fut comme électrisé par leur apparition. Au contraire d’Aïcha, la femme lui inspira un profond respect. Bien que plus jeune, il émanait de sa personne une force sauvage, doublée d’une tranquillité magnétique. Les rondeurs de son ventre montraient une grossesse à terme. Elle fit quelques pas vers Jack. Cela provoqua un mouvement, comme un seul homme, tous les membres de cette communauté, hommes et bêtes, se rapprochèrent également de lui. Quand la femme parla, sa voix douce l’ensorcela.
— Demat’dit homme de l’autre monde. Mon nom est Tala. Je suis heureuse de te voir enfin.
— Enfin ? s’étonna Jack. Vous m’attendiez ?
— La nature notre mère est très en colère. Ceux de votre monde ont rompu l’équilibre. Nos protecteurs ont essayé d’influencer ton peuple pour qu’il marche sur une route plus respectueuse. Mais ce que vous nommez « profit », « argent », a pris toute la place. Trop de gens ont faim, alors que vos terres et vos eaux sont épuisées de vous nourrir. Trop de forêts coupées pour ne réchauffer personne. Le gouffre est devenu trop grand. Notre monde et le vôtre ne marchent plus du même pas. Plusieurs dizaines de cycles des saisons se sont écoulés ici, contre à peine quelques un chez vous. Notre survie ne doit plus dépendre de vous. Le passage s’est ouvert pour toi. Deux autres sapiens doivent venir.
— Deux autres ? On sera trois. Comme les rois mages, s’en amusa Jack.
— Oui ! répondit Tala.
Le sourire de l’homme s’effaça pour laisser place à la surprise. La gravité s’y inscrivit devant le sérieux de la femme.
— Les rois mages n’existent pas, affirma-t-il plus pour se convaincre lui que Tala.
— Roi est un mot qui n’a aucun sens dans ce monde, car nous n’en avons pas. Nous préférons les appeler messagers.
La femme pivota et partit vers la maison. Jack comprit qu’il devait la suivre quand Aïcha et son loup en prirent la direction. Il eut une sensation étrange au moment de passer le seuil de la porte. Comme si une force invisible voulait l’empêcher d’entrer. Il avança malgré les picotements qui lui traversèrent le corps en tous sens. Il chancela pendant quelques pas, avant de se sentir à nouveau normal. Ce bref instant lui parut long et court à la fois. Il regarda calmement l’intérieur de l’habitation pour comprendre.
— On se croirait dans un film du moyen âge, ici. Je m’attendrais presque à avoir un dragon surgir du ciel, dit-il en rigolant. Allez ! Dites-moi ! Un gars va sortir un placard avec une caméra ?
Aïcha se mit à rire franchement, causant l’hilarité de Tala qui prit place dans un fauteuil en bois qui n’avait rien à envier à son homologue en cuir, et sur lequel étaient installés des rembourrages. La femme lui fit signe de s’asseoir sur une chaise près d’elle. Ils discutèrent longuement sur leurs deux mondes et le lien qui les unissait.

Publicités

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s