21-Okami

Je me lève doucement, m’assure de tenir debout et me dirige vers la porte. J’arrive devant une immense gargouille, regarde derrière. Je pose mon oreille sur la porte. J’entends le battement d’un cœur, lent mais régulier. Je fais le tour de la statue qui bloque le passage. J’essaie de la bouger en mettant mes deux mains sur son avant-bras et pousse. Je prends conscience de quelque chose de chaud sous mes doigts.

Et merde !

— Euh ! Bonjour, chuchotai-je, en regardant la statue.
— Demat’dit, me répond la gargouille dans un souffle d’air si léger que je pense être la seule à l’entendre.

Re merde !

Je regarde les deux personnes qui se tiennent encore à côté du lit et me demande si je n’ai pas rêvé. Quand mon regard se pose à nouveau sur la gargouille, je comprends que je suis bien réveillée. Tel un gouffre sans fond, des yeux sans pupille me sondent de leur vert sombre. Ils sont surmontés d’arcades sourcilières qui feraient penser aux primates si une corne ne lui sortait pas de chaque côté du front. Le bas de son visage se termine en une gueule raccourcie de dragon, une protubérance arquée vers l’intérieur lui terminant le menton. Je m’écarte de lui pour mieux le voir, tout en lui me fait penser à une gargouille diabolique. Ses ailes démesurées cachent une longue queue. Tout son corps a la couleur d’une pierre qui aurait pris le lichen comme compagnon.

Homme-dragon.
Oui, je me souviens.
C’est un homme-dragon.
Ouah ouh !
Quel regard.
Celui-là, j’espère que je pourrais le garder.
Non, non, regarde-moi beau petit homme-dragon.

L’homme-dragon fixe les Divarvel et attend. Je reste un moment à attendre moi aussi, mais mon impatience commence à se faire sentir.
— Alors, il s’appelle comment ?
Les Divarvel en restent cois. L’homme et la femme se regardent en se demandant ce qu’ils vont me répondre.
— Homme-dragon, m’instruit Aloys, après quelques secondes.
— Ça, c’est ce qu’il est, mais son nom, c’est quoi ? Tu t’appelles comment ? demandai-je en me tournant vers l’intéressé.
— Homme-dragon, me confirme-t-il sans un regard.

Ce sont des idiots !
Comment peut-on être aussi stupide !
Si c’est ça qui doit me guider, je ne suis pas gâtée.

Je suis saisie par la brutalité de mes pensées. Pourquoi je me sens si agressive ? Ils ont sûrement de bonnes raisons de ne pas me répondre. La violence s’installe dans mon esprit et en remet une couche.

Quelles bonnes raisons ?
Quels mensonges vont-ils me raconter ?

Je respire profondément pour faire baiser la tension qui monte de plus en plus en moi. Je ferme les yeux pour mieux me concentre, puis les rouvre.
— J’ai été avalée par un dragon et je suis devenue une Divarvel, dis-je à haute voix, plus pour moi que pour les autres.
J’ai besoin d’intégrer cette information. Je reviens m’asseoir sur le lit. Je scrute l’espace et le temps, me donnant la possibilité de reprendre mon calme. Après cet énervement si soudain, je me sens épuisée. Une porte se ferme quelque part, j’entends le pas d’un homme qui semble fatigué lui aussi. Darianne m’incite à me recoucher.
— Reposes-toi. L’homme-dragon va veiller sur toi. Si tu as besoin de quoi que ce soit, demande.
— Quoi que ce soit ?
— Nourriture, vêtements, autre chose. Demande. L’homme-dragon est là pour te servir.
Je ne sais dire pourquoi cette idée de l’avoir à mes côtés me plaît, tandis qu’une autre partie de moi a envie de riposter. Mon esprit est troublé par des sensations contraires. Les Divarvel sortent sans faire de bruit. Je me sens soulagée de ce départ. Je ferme les yeux et me détends.

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