19-Okami

J’ouvre les yeux avec difficulté. Mon dernier souvenir remonte à la matière visqueuse dans laquelle j’étais prisonnière. Le reste me semble sans flou. Je ressens trois présences dans cette pièce, malgré mon esprit embrouillé. Les questions se bousculent dans ma tête. Des bruits me parviennent de très loin, des chuchotements, des rires étouffés, l’odeur appétissante du pain qui vient d’être fait.

J’en mangerais bien un peu.
Il fait sombre ici.
Une femme devant, un homme au bout.
Et l’autre, il est où ?

Je prends une grande inspiration, me relève avec difficulté et m’assois sur le lit en expirant.

C’est bon !
Ne m’aidez pas surtout.
Comme si je ne vous avais pas vu.

J’observe la petite pièce creusée à même la roche. Le plafond me semble en bois. Un puits de lumière a été laissé en son centre. J’ai à peine un regard pour les deux personnes tout près de moi. Mon attention est attirée sur ce qui ressemble à une statue. La troisième personne doit se trouver derrière. Quelque part, un objet est tombé sur un sol en pierre. Ce bruit métallique me semble assourdissant. Je mets mes mains sur mes oreilles sans comprendre comment je peux l’entendre et l’analyser aussi bien. La femme et l’homme avancent vers moi.

Ce n’est pas trop tôt.
Ils vont enfin se décider à me dire quelque chose.

La femme s’accroupit, son regard est dur et doux à la fois.
— Bonjour.
Le son de ma propre voix me paraît si fort et douloureux que j’en crispe mon visage.

C’est quoi cette horreur ?
C’est moi qui ai parlé si fort ?

— Ne t’inquiète pas, cela va passer. Tu vas t’habituer. Dans quelques heures, tu sauras fermer tes oreilles.
Je regarde la belle femme qui a parlé dans un souffle à peine audible. Pourtant ses mots me sont parvenus si clairement. L’expression admirative qui se peint sur mon visage doit être tellement comique que cette femme ne peut s’empêcher de sourire, ce qui a l’air de surprendre l’homme.
— Demat’dit, me salue la femme. Je m’appelle Darianne et voici Aloys, chuchote-t-elle en montrant l’homme qui me salut d’un signe de tête. Nous sommes des Divarvel, comme toi, et comme toi nous le sommes devenus après avoir été avalé par un dragon.

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