Extrait de « La Tavana »

Tiré de la fnac :

Narratrice de sa propre vie, Vaema Teikimatua nous fait naître et grandir avec elle pour nous plonger rapidement dans le décor colonial du Tahiti des années 1950. Elle sera le témoin privilégié de la relation amoureuse que vivent Frédéric, le directeur du journal qui l’emploie, et Julie, la femme du gouverneur, la Tavana. Julie fera de la jeune fille sa confidente, et lui livrera tous les secrets et les tourments de sa passion. Pour notre plus grand bonheur, Vaema nous les conte dans un style élégant qui allie la vivacité du ton à une langue précise et raffinée.

Mon avis :

L’histoire de Vaema est intéressante, mais ardue à lire. Je ne sais si j’en viendrais à bout tellement les tournures de phrase sont formulées en des termes parfois compliqués, qui paraissent être mal traduites. C’est pourtant bien une francophone d’origine tahitienne et chinoise qui l’a rédigé. Par exemple, cette femme érudite n’écrit pas un article, elle le commet. Je suppose que son côté chinois transparaît dans sa formulation qui (en ce qui me concerne) rend la lecture fastidieuse.

Ce sont les paroles de Frédéric Andorain, patron du journal qui me donnent l’envie de parler de ce livre, bien que je n’en ai pas encore parcouru la moitié. Il informe ses employés qu’il risque d’être évincé de son journal.

Je rugis à l’avance du développement exponentiel prochain que prendra le tourisme. Auquel ceux qui vivront ici n’échapperont pas. Les séquelles désastreuses que provoquera cette hérésie – par ailleurs assurée d’un succès populaire et financier dont les partisans eux-mêmes n’évaluent pas encore l’ampleur – me conduiraient si je ne vous avais en charge, à quitter cette terre sans délai. Construction d’hôtels, percement de routes dans la montagne, défilés folkloriques aussi permanents que le 14 juillet. Prostitution des natives qui viendront encore plus nombreuses depuis leurs îles où elles ne compteraient pas, en y restant toute leur existence, le dixième des sommes qu’elles recueilleront à Papeete en s’y vendant, quelques années seulement. Je redoute que l’on ne voie d’ici peu, alentour de cette cité encore provinciale, les signes d’une civilisation débordante que sera l’accumulation d’ordures ménagères, haute comme une colline, et sur laquelle quelques éléments d’une population devenue paradoxalement pauvre, viendront chercher le profit que leur procurera la vente d’objets négligemment jetés au rebut par les popaa. Un jour on ne pourra peut-être plus se baigner dans le lagon sans risquer d’en sortir huileux comme une sardine, ou d’y contracter une blépharite. (…) La cause est entendue. Et ce avec d’autant plus de certitude que les Tahitiens eux-mêmes, en majorité, accueilleront ces nouvelles mœurs, ces nouveaux personnages et les nouveaux produits, avec la curiosité que suscite un jouet neuf, vanté par la publicité. Cette terre sera absorbée par la vague unificatrice, peinte en vague civilisatrice, telle celles qui ont déjà absorbé les îles Hawaii et autres rivages du Pacifique. Lorsque vous lisez, dans les journaux américains, que l’espace pacifique est celui de l’ère future, cela veut dire l’espace de toutes les combinaisons financières. Et plus spécifiquement les moins ragoûtantes. (…) Avec le remue-ménage et le flot de gens de toutes spécialités que cette innovation engendrera, cette terre deviendra un enfer.

popaa : mot Tahitien signifiant étranger, non natif de Polynésie.

(…) : j’ai eu la flemme de tout écrire, alors j’ai coupé les passages qui n’apportent rien au message que je souhaite faire passer.

 

J’ai trouvé ce passage perturbant. Il vient de la bouche d’un homme vivant dans les années 50 ; et pourtant il sonne comme une prémonition dont je peux voir la véracité chaque jour.

 

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